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En arrivant à Ngaparou, il y a un rond-point.
Large, ouvert, dégagé et bordé d’immeubles récents où l’on distingue balcons, baies vitrées et modernes climatiseurs.
Ce rond-point au macadam impeccable est un anachronisme à lui tout seul. Plusieurs époques s’y mélangent et s’y percutent même parfois.
SUV flambants neufs côtoient de vieilles carrioles en bois tractées par des chevaux faméliques autour desquels virevoltent d’innombrables Jakartas, ces petites motos-taxis typiquement sénégalaises.
Au milieu de tout cela, impériaux et impérieux, les zébus imposent leur propre code de la route. Ce sont eux les prioritaires. Les autres doivent attendre.
Ce point qui se veut rond est également la croisée entre ces deux mondes qui s’y chevauchent.
Si d’aventure vous décidez de continuer tout droit, vous arriverez dans le vieux village de pêcheur situé au bord de la mer.
On y roule lentement. Non par civisme, mais parce que la route l’exige. Elle est défoncée par l’usage, par le temps et très vite les lambeaux de goudron laissent place au seul sable brut.
Les maisons sont anciennes, les échoppes en bois, les fils électriques pendants.
Rien n’est aligné, tout tient presque par miracle. Allah n’est pas loin. L’antique mosquée est là pour en attester.
Le quartier a encore les odeurs d’autrefois : celle du poisson grillé, du gasoil des pirogues et du bissap trop sucré. On y vit lentement, à l’ombre des flamboyants, avec cette élégance sénégalaise qui consiste à savoir attendre sans s’excuser.
En revanche, que vous preniez à gauche ou à droite, vous tomberez alors sur l’occident en devenir. C’est le territoire des Blancs et des riches Dakarois. Des Libanais également. Mais ceux-là sont sénégalais depuis longtemps.
Et parce que le sable, vu de loin, c’est beau, mais de près fatigant, la route a été revêtue d’un goudron bien lisse – enfin presque – quelques dos d’âne ont été disposés çà et là afin de ralentir les impatients.
Étrange symbolique : l’Ancien Monde s’affaisse en mille nids-de-poule, pendant que le Nouveau s’érige en autant de bosses réglementaires.
Les commerces modernes ont suivi naturellement, logiquement.
Boutiques de quad, de moto ou encore de buggy s’y succèdent. Le Sénégal est une terre propice à l’aventure motorisée et vrombissante. On y trouve également nombre de magasins de meubles et de supermarchés climatisés. Les vitrines sont propres, les parkings tracés et les noms sonnent l’exotisme international.
Entre ces blocs récents, il reste encore des échoppes d’autrefois.
En bois, en ferraille parfois même en béton.
Elles vendent du café, des cartes téléphoniques, des choses utiles. Elles sont coincées entre un magasin de loisirs motorisés et une promesse de confort. Elles tiennent, pour l’instant.
Personne n’a décidé que ce serait ainsi.
Il n’y a pas eu de plan.
Juste des choix successifs. Raisonnables. Pragmatiques.
Insidieux.









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