Ecologie, Saison 3 - 2026 - Afrique

Saint-Louis du Sénégal va-t-elle disparaitre ?

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Titre un peu putaclic.. mais non dénué d’une certaine réalité.

Cette ville sénégalaise mythique, Saint-Louis — où se trouve le célèbre Hôtel de la Poste, halte historique des pilotes de l’Aéropostale — est située sur la façade atlantique. Pendant des décennies, elle a été protégée des assauts de l’océan par une bande de sable naturelle : la Langue de Barbarie.

Ce cordon littoral jouait un rôle essentiel. Les sédiments transportés par le fleuve Sénégal venaient régulièrement se déposer sur sa face interne, renforçant progressivement cette barrière naturelle. Ce mécanisme fragile mais efficace garantissait ainsi la protection de la ville contre l’érosion marine.

Un premier déséquilibre est apparu avec la construction du barrage de Diama, en amont du fleuve. En réduisant les crues saisonnières, cet ouvrage a limité l’apport de sables fins et de limons, affaiblissant peu à peu la Langue de Barbarie.

Le coup de grâce est porté en 2003.

A cette époque, la ville est régulièrement inondée lors des crues. En outre, les pêcheurs locaux désiraient disposer d’un accès plus direct à l’océan – ils devaient alors contourner la langue de barbarie par le sud pour y accéder.

L’idée — tragique — fut donc d’ouvrir un passage artificiel, légèrement au sud de la ville, afin de gagner du temps et de faciliter l’écoulement des eaux.

Ce fut l’effondrement de tout cet écosystème.

Sous l’effet combiné de l’océan et du fleuve Sénégal, dont le flux a soudain trouvé une sortie directe et brutale vers la mer, cette brèche s’est rapidement élargie. L’effet « entonnoir » a accéléré les courants, intensifiant l’érosion et provoquant un agrandissement incontrôlé de l’ouverture.

Aujourd’hui, l’effet protecteur de la Langue de Barbarie a disparu — ou, à tout le moins, s’est trouvé considérablement affaibli. Les conséquences sont dramatiques : une érosion massive du littoral, notamment au niveau de la ville de Saint-Louis, menaçant des quartiers entiers, dont certains ont déjà dû être évacués.

Depuis 2003, ce ne sont pas moins de 80 000 personnes habitant sur cette côte qui ont été contraintes de se délocaliser.

Saint-Louis, autrefois protégée par un équilibre naturel subtil, se retrouve désormais en première ligne face à l’océan.

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