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Voici le journal de bord du mois passé.J’ai pris peu de photos. Quelques videos. j’essaierai de faire un petit épisode YT que j’ajouterai ici le cas échéant.
Pour me suivre en temps réel : https://www.polarsteps.com/JJlevoyageur
09 mars 2026 – DAKAR / ABIDJAN
Arrivé depuis Dakar. Seul toubab dans l’avion.
Formalités de visa à l’arrivée : près de 2 heures. Riad, un ami, est venu me chercher… il a failli s’endormir dans sa voiture tellement ça a été long.
J’ai rejoint Samuel, le cycliste que j’avais rencontré au Sénégal, qui arrête pour le moment son périple et reprend l’avion ce soir.
La chaleur ici est bien plus lourde et humide que celle du Sénégal.
10 mars 2026 – Abidjan
Matinée tranquille avec Samuel, autour d’un café — chose assez rare pour lui. Il a pris sa décision : rentrer en France et mettre son voyage entre parenthèses. La solitude et surtout la chaleur, devenue accablante, ont fini par avoir raison de sa motivation. Il faut dire qu’il a un métabolisme hors norme : je n’ai jamais vu quelqu’un manger et boire autant. La chaleur le vide littéralement.
À midi, couscous chez Riyad. Puis passage pour vérifier mes affaires : tout est là, mais du nettoyage s’impose.
Le soir, raclette à la Route des Vins. J’y ai retrouvé Franck, le créateur du lieu. Il m’annonce qu’il vient de vendre. Sa femme, Rolande, béninoise, est déjà repartie au Bénin où ils projettent d’ouvrir un nouveau bar-restaurant, qui s’appellera aussi « En Route ». Ouverture prévue bientôt. Je passerai les voir, c’est sûr.
De mon côté, le plan se précise : remettre la moto en état et reprendre la route vers le Sénégal, tranquillement, sur un à deux mois. Ensuite, rester quelques temps sur place, en fonction de la saison des pluies.
11 mars 2026 – Abidjan
J’ai passé, une bonne partie de la journée à vider les caisses. J’ai jeté pas mal de nourriture : nouilles chinoises, pâtes, riz et fait l’inventaire complet : tout est là. Enfin presque. J’ai oublié le deuxième panneau solaire.
Demain, objectif remise en route.
Au programme : redémarrage de la moto, remplacement d’une poignée en caoutchouc, vidange, vérification du filtre à air, soudure du porte-bagages, contrôle de la jauge à essence (qui semblait défectueuse), graissage et tension de chaîne, pression des pneus, et pour finir, un bon lavage.
Ensuite, je rechargerai tout l’équipement laissé dans les caisses : la GoPro et ses cinq batteries, la lampe frontale longue portée, le booster…
Le départ vers Dakar se rapproche.
Samedi 14 mars 2026
La semaine qui a suivi le départ de Samuel s’est écoulée tranquillement. J’ai passé l’essentiel de mon temps dans le garage de Riad. La moto avait besoin d’une bonne révision et j’ai pris le temps de tout reprendre calmement.
Au programme :
* dégripage de l’étrier de frein
* purge des freins
* vérification du filtre à air
* nettoyage de l’injecteur
* changement du klaxon
* vidange et remplacement du filtre à huile
* soudure du porte-bagages qui avait cassé
* recharge de la batterie
* polissage puis graissage de la chaîne (elle commençait sérieusement à rouiller)
* nettoyage des caisses aluminium et de diverses affaires, notamment les bottes et le pare-pierre
Bref, une bonne séance de mécanique comme je les aime (c’est à dire que c’est Yaya le mécano qui a tout fait LOL)
Il ne reste plus qu’à changer les pneus et à tester la jauge à essence qui m’avait joué un mauvais tour il y a un an. Mais ça, je le ferai après un petit roulage pour vérifier que tout tourne rond.
Le midi, je mange avec Riad. C’est Irène, sa bonne, qui cuisine. Et elle cuisine… beaucoup. Des repas gargantuesques : couscous, riz au poulet, poisson avec frites, pommes de terre en sauce avec blanc de poulet au cumin…
Jeudi soir, je suis allé au cinéma. Cela ne m’était pas arrivé depuis plus de dix ans. J’y ai vu Avatar.
Mon premier cinéma en Afrique remonte à plus de vingt ans, en Tanzanie…
Pour mémoire : la place de cinéma coûtait 4000 CFA (tarif senior — plus de 65 ans… non mais oh !), le popcorn + coca 2500 CFA.
À la sortie, je suis passé dans le centre commercial. Immense… et presque vide. Seul Burger King était encore ouvert.
Cheeseburger, frites, coca : 5500 CFA, soit un peu plus de huit euros. Je ne sais pas combien coûte un cheeseburger en France aujourd’hui, mais globalement la vie à Abidjan est chère — plus chère qu’au Sénégal en tout cas.
Vendredi soir, j’ai dîné avec une Française, Carole, installée ici depuis une dizaine d’années. Très sympathique. On devrait se revoir demain.
Aujourd’hui, j’ai revu Khodor. Et là, gros choc. Il sort d’un AVC et on lui a ouvert la carotide. La même chose est arrivée à mon ami Jean pratiquement au même moment — à une quinzaine de jours — ça fait réfléchir. Khodor a l’air d’aller bien, mais je ne suis pas sûr qu’il réalise vraiment qu’il est passé tout près de la sortie.
Dans les faits, je pourrais repartir demain.
Mais j’ai envie de rester encore un peu ici, profiter de Riad et de sa famille, de cette parenthèse tranquille.
Alors je décale le départ.
Depuis hier, je suis dans un petit Appart assez sympa. Seul soucis : pas de parking pour la moto, donc je suis obligé de la laisser chez Riad pour ce we.
A la télé, des programmes de téléréalités assez drole: « Qui veut épouser mon fils »; Tout un programme. LOL. On y voit des jeunes filles préparer une salade de fruit afin de séduire la belle-mère LOL. Et bien entendu, oppositions entre la Mama et son fils sur laquelle des filles à éliminer pour l’épisode.
15/27 mars 2026 – Abidjan et alentours – Petit résumé de ces derniers jours :
Je me retrouve sans logement le 17 au soir. C’est Carole rencontrée quelques jours auparavant qui me propose gentiment de m’héberger.
Le 18 : direction Assinie 🌴 Objectif : profiter + tester la moto. Départ difficile (transpiration niveau sauna rien qu’en enfilant les chaussettes).
Sur la route la moto est au top, zéro souci.
Sur place, rencontre avec Jial, le patron de l’hôtel : super sympa et motard.
Le soir je rencontre Ian, un Sud-Africain en combi. Et là… il me parle de Silviu, un motard roumain que j’ai croisé chez Riad 3 jours avant. Il est censé arriver demain ! Du coup je change mes plans et décide de rester. On discute, bonne ambiance.
Le lendemain soir, ayant sans doute un peu trop bu, je prends une décision impulsive, celle de continuer vers l’Afrique du Sud et non plus retourner à Dakar…
Retour à Abidjan le 22 au soir. Le changement radical de plan que j’ai décidé m’impose de m’organiser différemment.
Niveau matos : je suis presque prêt. J’ai une petite valise de matériel et des pneus qui m’attendent à Cotonou. Pour aller jusque là-bas, le pneu arrière fera largement le trajet, l’avant est un peu limite mais ça devrait passer.
Seul vrai point à régler : la connexion électrique pour le chargement de mon téléphone (la prise coté téléphone a pris du jeu) Du coup, je commande un chargeur qui doit arriver à Lomé et que je récupérerai lors de mon passage.
La saison des pluies arrive tout doucement. Rien de violent, mais ça mouille bien quand même par moment.
Côté administratif… c’est la galère des visas. Ce point est vraiment devenu presque rédhibitoire en Afrique et c’est un parcours du combattant (sites pas toujours très fluides…).
Entre deux démarches, petite scène amusante : Alors que je me pose dans un café, je constate que mon pantalon africain est déchiré. Je demande à la serveuse où le faire réparer. Celle-ci appelle un gars qui justement passait par là avec une machine à coudre. Je me change, je bois mon café… et 10 minutes plus tard je repars avec mon pantalon réparé pour 500 CFA.
Le vendredi, je récupère une place pour l’opéra Carmen au centre culturel français. J’ai prévu d’y aller avec Carole.
Ensuite je prends la direction de l’ambassade du Ghana pour récupérer mon visa. Une fois ce dernier récupéré, je décide d’aller à pieds jusqu’à l’ambassade de la RDC afin d’y déposer une demande de visa.
Sur le chemin, je repère un couturier. Cette fois, c’est moi jean’s qui est déchiré. Je décide de le déposer pour réparation. Mais je me retrouve en short. Certaines ambassades sont tatillonent sur la tenue. Du coup, je cherche un boubou pour pouvoir entrer à l’ambassade correctement.
Une fois tout cela fait, et après une pause glace, je récupère mon Jean’s et je rentre chez Carole afin de me préparer pour l’Opéra du soir.
1 avril 2026 – Abidjan
Journée compliquée avant le départ
Journée un peu stressante. Je devais faire mes bagages pour partir demain, mais en réalité, rien ne s’est déroulé comme prévu.
Le matin, je remarque une trace d’essence sur le bras oscillant de la moto. Je connais déjà ce problème pour l’avoir rencontré auparavant : il s’agit d’une fuite au niveau du joint de fermeture du réservoir principal, situé sous la selle.
J’avais laissé la jonction entre les deux réservoirs ouvertes. Résultat : sous l’effet de la gravité, l’essence du réservoir secondaire exerce une pression sur le réservoir principal, qui finit par fuir par le haut.
Avec Yayya, on démonte tout.
Premier constat : le silicone d’isolation que nous avions utilisé avec Riad lors de la réparation des cosses de contact se désagrège dans l’essence. Conséquence : il faut vidanger entièrement le réservoir, nettoyer, puis remplacer ce silicone.
Yayya utilise alors une sorte de résine (avec une odeur similaire à celle utilisée chez les dentistes). Selon lui, ce matériau résiste à l’essence.
Toute cette histoire nous prendra environ deux heures.
Ensuite, il nous faut résoudre un problème de démarrage.
Hier, je suis allé faire le plein à la station d’à côté. Impossible de redémarrer : la moto se contentait de pétarader de façon impressionnante.
J’ai dû la pousser jusqu’au garage.
Yayya a mis la batterie en charge et nous avons changé les bougies. Cela semblait avoir réglé le problème. Hélas, elle recommence à poser le même problème avec le même scénario : premier démarrage sans souci, mais impossible de redémarrer à chaud.
Je remets la batterie en charge pendant trois heures… et là, tout fonctionne à nouveau parfaitement, même à chaud.
L’hypothèse la plus probable est donc une faiblesse de la batterie qui est restée inutilisée durant presque 1 an.
Si elle est HS, il va falloir en trouver une… et ce ne sera pas simple : l’emplacement est très réduit sur cette moto, ce qui limite fortement les options.
Bref… demain, je pars à la recherche d’une XTZ 10 S.
Entretemps, j’ai obtenu les visas pour le Bénin et le Togo. Je devrais donc pouvoir avancer assez vite … si la moto ne me joue pas une blague.
A midi comme d’habitude sandwichs/brochettes avec Riad, Wissam et les autres, brochette. Je suis officiellement et définitivement admis dans le cercle des libanais. J’avoue que je me sens bien avec eux. Mon côté oriental qui ressort. C’est dans ces moments-là que l’on s’aperçoit que la culture dans laquelle l’on grandit durant l’enfance marque un être de manière durable
6 avril 2026 – Enfin le départ – Abidjan / Bouaké
Hier, départ d’Abidjan, après presque un mois de glande à discuter avec les uns et les autres. Le temps passe vite quand on est en bonne compagnie. Merci à Carole pour le logement, l’opéra, les restos et les discussions.
Cette fois, c’est décidé : je pars. J’ai rendez-vous le soir à Bouaké, à 350 km au nord, avec les autres motards. Mais eux roulent en grosses routières ou en sportives. Avec ma 650, difficile de rivaliser.
Initialement, j’avais prévu d’y aller sur deux jours en passant par les pistes…
Mais la distance serait difficilement faisable en une seule journée dans ces conditions. Et comme je sais qu’ils vont très vite par l’autoroute, ce sera autoroute pour moi aussi, avec un départ à l’aube pour prendre un peu d’avance et profiter de la fraîcheur.
C’est également une bonne occasion de tester la moto et de la décrasser un peu. Elle roule le plus souvent sur petites routes ou pistes, à faible allure. Là, ce sera séance de décrassage en règle.
Premier péage : 500 FCFA. Jusque-là, tout va bien. Sauf qu’ils ne prennent pas les billets au-dessus de 2000… et moi, évidemment, j’arrive avec un billet de 5000.
Après une petite négociation, on trouve une solution : paiement via Wave (portefeuille électronique), et c’est lui qui met le cash.
On est en Afrique : il y a toujours une solution, et souvent avec le sourire.
Deuxième péage : je m’arrête, prêt à payer. Et là, le gars me regarde, interloqué :
— « Mais… vous voulez payer ? »
— « Euh… oui ? »
— « Mais les motos, ça passe à côté. »
Ah.
Donc demi-tour au milieu du péage, sous le regard patient d’un camionneur qui attend son tour.
Troisième péage : cette fois, j’anticipe. Je repère un petit chemin en terre 100 mètres avant. Bingo : voie VIP pour motos.
Les suivants sont un peu plus sportifs : étroits, parfaits pour des 125… mais avec mes sacoches, je fais un peu mammouth.
Après deux arrêts essence, un café, j’arrive à Bouaké vers 11h–11h30, à l’Hôtel de l’Art, construit et tenu par un Français qui vit en Afrique depuis… 72 ans. C’est-à-dire depuis sa naissance. Ferronnier, entrepreneur BTP et artiste peintre à ses heures : un personnage.
Riad et les autres arrivent deux heures plus tard… mais ils étaient partis deux heures après moi.
Ils roulent plus vite (pointes à 250), mais s’arrêtent davantage. Au final, on met à peu près le même temps (départ pour eux à 8h30).
L’après-midi : balade dans Bouaké. Je découvre que c’est le véritable fief de Riad. Il y a grandi et il est connu ici comme le loup blanc.
Tous les 10 mètres : arrêt, discussion, retrouvailles.
Il m’emmène chez un ami restaurateur pour que j’achète un shawarma (1500 CFA). Résultat : l’ami m’offre la bouteille d’eau… et me propose carrément de loger chez lui, dans sa villa avec piscine, le temps que je veux.
À une autre époque, j’aurais peut-être accepté… mais là, il faut avancer un peu quand même.
On passe ensuite voir l’oncle de Riad dans son magasin. 64 ans en septembre prochain, ancien grand chasseur. J’aurais bien écouté ses récits de brousse plus longtemps.
Il a chassé pas mal de gros gibier (koudou, etc.), sauf le buffle : trop dangereux, imprévisible. Blessé, il attaque.
Le soir — de nuit, devrais-je dire — Riad décide de retourner le voir dans sa nouvelle maison, qu’il ne connaît pas encore.
On est quatre motos :
- une R1
- une Harley (Pan America)
- une BMW 1250 RT
- un X-ADV
Et sept motards :
- un Coréen
- cinq Libanais
- et un Français (moi)
Sur ces sept personnes… seulement deux portent un casque.
À votre avis, je fais partie des deux ?
Oui. Je sais. Je m’africanise un peu trop. Il va falloir corriger ça avant que Darwin ne s’en mêle.
Le tout de nuit, dans une circulation… disons… créative.
Bref, ces derniers temps, dans la catégorie « ce qu’il ne faut pas faire », je commence à cocher pas mal de cases.
Ensuite : poulet braisé, attiéké chez Tonton Abel (le nom du maquis), puis dodo pour moi.
Les autres sont partis faire la bringue, apparemment jusqu’à 3 ou 4 heures du matin… pour repartir à 8h30 vers Abidjan.
Tous sauf… moi (c’était prévu) et Fawzi, qui s’est réveillé à 9h avec une belle gueule de bois.
Il est parti après un café… et je viens d’apprendre qu’il s’est planté avec sa R1 sur un de ces fichus dos d’âne qui prolifèrent ici (petits, brutaux, et invisibles).
Résultat : détour par l’hôpital, retour en voiture… et moto dans un camion bâché.
Pour ma part, j’avais envie de continuer un peu plus au nord, mais :
- Pas sûr que les forces de l’ordre me laissent passer (comme au Togo — zone sensible).
- Il faut que j’avance.
Donc demain : direction le Ghana.
Objectif : être à Cotonou dans une semaine. J’ai un peu de marge, mais il ne faut pas trop traîner non plus.
Je vais sans doute privilégier le goudron.
J’aurai bien le temps de faire de la piste plus au Sud : Cameroun, Gabon, Congo, RDC, Angola…
Update : Aujourd’hui j’ai mangé au maquis – restaurant populaire de grillade souvent en plein air. La dénomination est commune avec cette région de l’Afrique de l’Ouest : Mali, Burkina, Côte d’Ivoire. Elle n’est pas utilisé au Sénégal et je ne me souviens pas l’avoir entendu au Bénin; ni au Togo.
Ce midi cela a été Poulet braisé, Atiéké + coca = 2700 CFA Ce soir, chez tonton Abel : poulet encore + grande bouteille d’eau : 3200 CFA Ensuite j’ai traversé la rue (littéralement) pour aller sur un roof top avec un jour de trompette finir la soirée avec un Mojto : 7000 CFA. Une Afrique à plusieurs vitesses. Alors que j’étais sur le roof top, mon attention a été attiré par un cul de jatte qui mendiait auprès du maquis ou j’étais quelques minutes auparavant.
Journée du 6 avril. Bouaké – Tanda / Côte d’Ivoire – Le début de la période de galère
Écrit le Mardi 7 avril 2026. Ville de Tanda en Côte d’Ivoire. Hôtel le Titanic.
La journée en chiffre
- 265 km dont 200 de piste
- Une panne
- Une chute (de la moto à l’arrêt)
- Crash mortel de 2 papillons dans le casque
- Minimum 4 litres d’eau bu
- Une paire de botte à réparer
Je suis attablé dans un coin d’un vaste terrain bordé de LED rouges et bleues.
Sur ma gauche, une piscine. Pour une fois, la musique n’est pas trop forte, contrairement à hier soir, à mon arrivée, où c’était la fête.
Je suis parti de Bouaké lundi, un peu avant 10 h. Le ciel était nuageux, ce qui limitait la chaleur.
Objectif : rejoindre Bondoukou, ville frontalière avec le Ghana.
Trois routes s’offraient à moi : par le sud, le nord ou le centre.
- La plus facile passait par le sud : 400 km de goudron, 6 h 58 selon Google Maps.
- Par le nord, un bon mix goudron/pistes : 367 km en 6 h 40.
- Par le centre, surtout de la piste : 313 km en 6 h 29.
J’ai choisi celle du centre.
Les 65 premiers kilomètres ont été faciles : un goudron quasi neuf, très peu fréquenté.
Puis 10 à 15 km d’alternance entre bitume et pistes longeant une route en construction.
À partir de Satama-Sokoura, le bitume disparaît définitivement au profit de la latérite.
Au bout d’une vingtaine de kilomètres je fais une pause afin de diminuer la pression des pneus : l’avant a tendance à chasser dans les passages mous.
1,2 bar à l’avant, 1,4 à l’arrière.
La piste est superbe : latérite ocre, bordée de verdure.
Au moment de repartir, la moto cale. Une première fois — normal, j’ai oublié de replier la béquille.
Je redémarre. Elle cale à nouveau. Puis encore.
Et cette fois, plus rien.
Il fait chaud. Très chaud.
Je cogite. Surtout ne pas m’énerver.
Je sue, et je n’ai plus beaucoup d’eau — moins d’un litre. Heureusement, elle est fraîche grâce au thermos acheté à Abidjan. Un petit luxe que je ne regrette pas.
À l’ombre, je réfléchis. Pas la batterie. Pas le coupe-circuit. Probablement un problème d’arrivée d’essence. Peut-être un fusible grillé.
Je dois démonter : les fusibles sont sous la selle.
Un vieux pick-up bâché passe. Le conducteur s’arrête, propose son aide.
J’hésite. Il serait facile de charger la moto et d’aller réparer ailleurs.
Je refuse. Fierté mal placée, peut-être.
Le pick-up s’éloigne. Et je me retrouve seul, hors réseau, avec peu d’eau et une moto en panne. Le tiercé parfait de la loose.
Je galère : mon Leatherman est au fond d’une caisse. Je transpire tellement que les fusibles glissent entre mes doigts.
Décidement, la reprise est difficile et je suis loin d’avoir retrouvé mon organisation habituelle.
Enfin, j’y arrive. Un fusible semble HS. Je le change sans chercher plus loin.
J’appuie sur le démarreur. La moto s’ébroue.
Yeeeeyyy.
Je remballe, je bois une bonne partie de mon eau.
Nouveau démarrage… rien.
Je suis dépité. J’aurais dû prendre le pick-up.
Je repense à cette blague du prêtre qui refuse successivement une barque, un zodiac et un hélicoptère (en disant aux sauveteurs : aller sauver les autres, moi Dieu y pourvoira) avant de se noyer… Arrivé au Paradis, il reproche à Dieu de l’avoir laisser mourir. Celui-ci lui répond : je t’ai envoyé une barque, un zodiac et un hélicoptère. Il te fallait quoi de plus !
Oui, j’aurais dû monter dans le bâché.
Je redémonte tout. Encore.
Et cette fois… elle démarre. Pourquoi ? Mystère.
Je repars.
Une moto passe, trois personnes dessus. Je demande de l’eau. On me dit de faire demi-tour.
Je ne discute pas.
Dans un village, je demande à une femme si je peux acheter de l’eau.
Elle revient avec deux sachets glacés. Étonnant, vu l’absence apparente d’électricité.
De l’eau filtrée en sachet — pratique, mais catastrophe écologique.
25 CFA les deux. J’en demande dix.
Elle revient avec un seau rempli de sachets.
J’emprunte un couteau — le mien est évidemment au fond des caisses — et remplis camelback et gourde.
Des enfants arrivent. Ils observent ce blanc à barbe blanche, trempé de sueur.
L’un dit : « C’est la première fois que je vois un blanc. »
Je ris, lui réponds. Les enfants éclatent de rire.
Je termine.
La femme revient avec mon billet de 1000 CFA : pas de monnaie, elle me dit de garder l’eau.
Je lui rends le billet : qu’elle garde tout.
À cet instant, cette eau vaut de l’or.
Je repars… en espérant que la moto démarre.
Avec ma fracture du bassin, je monte par la droite. Mais il fait chaud, la moto est mal équilibrée…
Je tire trop sur le guidon.
Elle tombe.
La femme éclate de rire, s’interrompt, puis rit à nouveau quand je ris aussi.
On relève la moto ensemble, toujours en riant.
On se dit au revoir toujours en riant.
La suite se passe sans incident.
Juste une petite angoisse à chaque arrêt : redémarrera-t-elle ?
La piste est magnifique. Des nuées de papillons m’accompagnent. Deux s’écrasent sur mon casque.
Je traverse plusieurs villages traditionnels.
La vie semble proche de celle d’il y a 50 ans… avec quelques différences : boutiques en bois vendant des cartes SIM et servant de guichets pour portefeuilles électroniques, surtout Orange Money.
Les cabines orange en plastique contrastent avec les cahutes.
Je croise aussi des cases traditionnelles, des bergers peuls et leurs troupeaux.
L’après-midi décline. L’envie de demander l’hospitalité est forte — tant à partager — mais il faut avancer.
J’ai un visa RDC à honorer avant le 30 juin.
Et puis, j’avoue : j’ai envie d’une douche.
Le soir, en retirant mes bottes, je constate que les semelles se décollent.
Encore une réparation à prévoir.
La routine.
8 avril 2026 – Tanda/Bondoukou – la galère continue.
La journée en chiffres :
- 50 km de bon goudron.
- Deux contrôles de police. Le premier pour discuter, le second pour voir si j’avais quelque chose pour eux. Dans les deux cas, moins de trois minutes.
- Un seul repas, comme les deux jours précédents. Avec la chaleur, mon corps s’adapte, je suppose. Aucune sensation de faim.
3100 CFA : poulet attiéké et un Coca de 60 cl.
Il est 20h50. J’écris depuis un maquis en bord de route.
Devant moi, sur la gauche, un gros barbecue en tôle, accompagné d’un petit brasero où l’on prépare la braise.
Sur la droite, des femmes s’affairent autour des accompagnements : attiéké, oignons finement émincés, quelques morceaux de tomate.
Autour de moi, des couples, des groupes d’amis. On mange, on discute, parfois on boit un peu de vin.
Le sol est en terre. Les tables et les chaises sont en plastique.
En face, sur le bas-côté les clients ont garé leurs « jakarta ».
Ce matin, la moto s’est encore fait prier pour démarrer. Puis quelques ratés sur la route.
Peut-être de la saleté dans l’essence.
Mais surtout, un petit souci électrique : le fusible saute dès que je passe en pleins phares.
Une panne déjà rencontrée l’année dernière.
Je décide de prendre le temps de vérifier.
Lors de mes précédents voyages, j’avais protégé tous les connecteurs avec un spray silicone. Aucun problème électrique.
Cette fois, on m’avait assuré que ce n’était plus nécessaire avec les connecteurs modernes… Je ne l’ai donc pas fait.
Aujourd’hui, en les démontant, le constat est sans appel : ils sont tous remplis de latérite.
Leçon à retenir pour la préparation : spray silicone. Toujours.
Bref, la moto recommence ses caprices de l’an dernier.
Elle n’aime pas rester immobile.
Arrivé le 09 – départ le 11 avril – sanctuaire des singes – nouvelle panne. Ca commence à faire.
Chiffres du jour
- 162 km en 6h environ y compris douane dont :
- 88 km de pistes ou roupiste particulierement défoncées
- 23 km d’une belle piste de laterite
- 51 km de goudron
- 1 douane passée
- 1 tel perdu et retrouvé
- 1 repas léger le soir (nouilles chinoises et 1 avocat)
- 1 panne.. sur les derniers km. Trous dans l accélération/ratés moteur
En arrivant, la moto décide de me jouer de nouveau une blague : elle se met à s’arrêter en pleine accélération. Détail amusant : elle était tombé en panne exactement au même endroit l’année dernière.
Il me faut démonter de nouveau, non sans inquiétude. Mais la panne s’avérera facile à détecter et réparer : les cosses de la batterie qui se sont desserrées du fait des vibrations et secousses de la route.
Journée du 11 avril – Vers le port d’Agordeke, lac Volta – De pire en pire, je frôle le coup de chaleur.
Distance prévue : 310 km
Distance réelle du 11 avril : 141 km dont (dans l’ordre) :
- Bonne piste : 6 km
- Goudron : 70 km (jusqu’à Ejura)
- Piste moyenne à difficile (latérite et sable) : 54 km
- Piste « infernale » : 11 km
- Chutes : 1,5
La veille au soir, le 10, la moto m’a de nouveau joué un tour. En allant au village situé à 2 km de l’endroit où je suis — par cette nouvelle piste de latérite destinée à devenir un grand axe de circulation, en plein milieu du territoire des singes (je ne sais toujours pas quel imbécile a eu cette idée) — elle a eu une petite ratée. Discrète, certes, mais je suis toujours sur le qui-vive. Cela m’alerte et m’inquiète.
Advienne que pourra, je pars le lendemain après un petit-déjeuner au village (café + omelette : 30 cédis, soit environ 2 euros).
Le début est agréable, une petite route jusqu’à Ejura. Puis la piste commence. Elle est assez défoncée mais reste gérable, malgré l’amortisseur devenu trop souple. Je me dis qu’il faudra penser à le régler le soir.
J’utilise à la fois Google Maps et Maps.me comme GPS. À un moment, les deux ne sont pas d’accord. Google me fait continuer tout droit, avec un itinéraire moins direct. Maps.me me propose de couper sur la droite.
Je prends à droite.
Grosse erreur.
Ce n’est plus une piste, mais une sorte de route forestière escarpée, creusée par les roues de tracteurs. Alternance de boue — la saison des pluies commence — et de sable extrêmement profond. La moto s’en sort plutôt bien, mais c’est très technique.
Je mets 42 minutes pour parcourir… 6 km.
Le problème, c’est que je ne peux pas prendre de vitesse. Le sable est omniprésent. Même les petites mobylettes locales semblent faire de beaux écarts, à en juger par les traces. Avec ma moto chargée, un pneu avant mixte inadapté et en fin de vie, malgré une pression à 1,2 bar, la roue avant chasse en permanence.
Le seul moyen serait d’accélérer, mais c’est impossible. Les distances entre les ornières sont trop courtes, et certaines configurations rendent la moindre erreur dangereuse. Par endroits, il y a jusqu’à 50 cm de décalage vertical entre deux traces. Si la roue avant décroche, c’est la chute assurée en contrebas.
D’ailleurs, j’en évite une de peu : la moto se couche sur le talus dans un passage particulièrement raide.
J’arrive épuisé près de quelques cases — Berdum selon Maps.me — un peu avant Maallu. Google indique même une banque dans le secteur, ce qui me paraît improbable. J’espère surtout retrouver une piste plus roulante.
Je m’arrête à l’ombre pour récupérer. J’ai des vertiges, légers mais bien présents. Je prends ma tension : 8,5/6 pour une fréquence cardiaque de 90, après déjà dix bonnes minutes de pause. Pas rassurant.
Je décide de prolonger l’arrêt. Je bois, je me réhydrate avec des électrolytes donnés par ma cousine. J’hésite entre orange, pêche ou pastèque. Je choisis pastèque. Grâce à ma gourde thermo, j’ai encore de l’eau fraîche.
Je reste ainsi plus d’une heure. Des enfants m’observent de loin sans oser approcher. En temps normal, je leur aurais fait signe. Là, je veux juste me reposer.
Je repars vers 15 h. J’arrive rapidement à Maallu. Le village est traditionnel, sans électricité. Je ne comprends toujours pas comment Google a pu y placer une banque.
Je tente de discuter avec les habitants, mais personne ne parle anglais. Je repars.
Première erreur à ce moment-là : ne pas avoir refait le plein d’eau. Mais je pensais être sur une piste principale.
En réalité, la piste est à peine meilleure — voire pire. Le sable devient encore plus profond.
Cette fois, il me faut 40 minutes pour faire… 4 km.
Je suis épuisé, littéralement. J’atteins mes limites, physiques et techniques.
Et cette fois, je tombe.
La chute est sans gravité, mais elle termine de m’épuiser. Dans un dernier effort, je relève la moto. Et je décide de bivouaquer sur place.
Deux mobylettes arrivent peu après, avec trois personnes. Je les arrête. Je sais que ce bivouaque va me faire consommer mon eau restante, sans possibilité d’en avoir pour le lendemain. Impossible.
Je leur demande de l’aide. Par chance, l’un d’eux, Peter, parle anglais. Il m’indique qu’un paysan vit à une centaine de mètres et me fait signe de le suivre.
Effectivement, moins de 100 m plus loin, nous trouvons l’homme. Lui s’appelle Alex.
Je lui demande de l’eau. Cela semble le gêner. Pensant à une question d’argent, je précise que je paierai.
Il me répond :
« L’argent n’est pas le problème. Ici, la seule eau que nous avons est celle de la pluie, filtrée avec la terre et les plantes. »
Cela m’est égal. J’ai une pompe.
Il m’emmène vers le point d’eau, situé à une dizaine de mètres… de l’endroit où je suis tombé.
Il m’invite à m’installer près de sa cabane. Je décline : je suis trop épuisé pour faire 100 m de plus.
Pendant que nous discutons, un violent vertige me prend. Je dois m’asseoir immédiatement. Je vois leur inquiétude.
La nuit approche, ils doivent partir.
Dans un dernier effort, je me lève pour leur faire plaisir : ils veulent une photo avec la moto. Mais je tiens à peine debout. Ma vision se voile.
Après leur départ, je m’assieds contre un arbre et j’attends que cela passe en buvant.
J’installe ma tente à 5 m de la piste, entre les arbres, en espérant qu’il ne pleuve pas : l’endroit est clairement inondable.
Je n’ai même pas la force de me faire chauffer une soupe. Je me contente d’une boîte de sardines.
Je tente de filtrer de l’eau. Elle est tellement boueuse que le filtre se bouche après trois aspirations, malgré le préfiltre. Après plusieurs essais, je récupère à peine un litre. Et j’ai bu plus de 4 litres dans l’après-midi.
La nuit tombe. La brousse se réveille. L’espace se remplit de bruits dont je ne peux identifier l’origine : reptiles, batraciens, insectes, oiseaux, mammifères… probablement tout à la fois.
J’ai toujours chaud. Un instant, je pense me plonger dans le trou d’eau pour faire baisser ma température, mais j’y renonce. C’est la réserve d’eau potable d’Alex et de sa famille.
Vers 21 h, un tracteur passe. Sa présence ici me surprend presque.
La nuit est calme, à part trois coups de feu assez proches. Probablement de la chasse.
Journée du 12 avril – se sortir de la galère
Au lever du jour, la brousse reprend vie et me réveillent. Impossible de dormir davantage.
Je range rapidement. Pas de café. Juste deux biscuits.
Je repars.
Cent mètres plus loin, je retrouve Alex déjà au travail. Nous discutons.
Il me prévient : la piste qui m’attend est extrêmement difficile. « A very long and hard journey » me dit-il
D’après mes estimations, il me reste 50 à 60 km de très mauvais. Au rythme de la veille, cela représente environ 10 heures. En pleine chaleur. Avec probablement pas assez d’eau.
L’eau est un vrai problème. Je peux emporter 7 litres au total. Mais mon jerrican de 4,5 litres, fixé sur le côté d’une sacoche alu, déséquilibre la moto sur terrain technique.
Je lui demande une alternative.
Il m’indique la piste de Seneso. Celle que j’aurais dû prendre pour venir sans le raccourci de maps.me
Je décide de faire demi-tour.
Il me faut 1 h 20 pour parcourir les 17 km jusqu’à Ayinwofi. Là, je trouve enfin de l’eau et du coca frais.
Le reste jusqu’à Seneso puis Atebubu n’est qu’une formalité.
Je prends une chambre climatisée et décide d’y rester un ou deux jours pour récupérer et réfléchir à la suite.
Coup de chaleur, hypotension et nébivolol
J’ai bientôt 64 ans et je suis sous traitement contre l’hypertension depuis des années. Je prends du nébivolol, un bêtabloquant.
Il protège mon cœur, mais limite mes capacités à l’effort.
Ce n’est pas la première fois que cela me pose problème. Il y a huit ans, sur la Pamir Highway, j’avais dû l’arrêter complètement pendant un temps : l’altitude, combinée au médicament, provoquait un essoufflement permanent.
Ces deux dernières années, j’ai adapté la prise : le soir, et à demi-dose. Le pic d’efficacité tombe ainsi la nuit, et l’activité physique réduit naturellement ma tension en journée.
Mais cette fois, je venais juste de repartir. J’étais encore à dose complète, prise le matin.
Cela explique en partie le malaise. Ce n’est pas le premier : j’en ai déjà eu deux ou trois similaires. Dans ces cas-là, je me mets au repos, au frais, pendant deux jours. Et cela passe.
Observation
Petite remarque sans lien direct.
Il est frappant de constater à quel point les cultures locales ont été marquées par les différentes « influences » extérieures. Au Ghana, la majorité des prénoms sont anglophones. En Côte d’Ivoire, au Bénin ou au Togo, ils sont plutôt francophones. Au Sénégal et au Mali, ils sont souvent arabes. En Guinée-Bissau ou en Angola, portugais.
13 et 14 Avril – Repos à Atebubu – l’heure du choix.
Chiffres du jour :
- Km : 0
- Crevaison : 1
- Décision : pas totalement encore
Ce matin, en me levant vers 6 h — c’est fou comme je me réveille tôt en voyage — je n’ai toujours pas pris de décision concernant ma direction.
Premier constat : une nuit sous ventilateur (j’ai éteint la clim, trop forte) m’a permis de bien récupérer.
Second constat, moins réjouissant : mon pneu avant est crevé. J’avoue avoir la flemme de le réparer moi-même, même si j’ai tout ce qu’il faut. Je regonfle donc et je pars à la recherche d’un vulcanisateur.
J’en trouve un à 100 m. Mais il est plutôt spécialiste des camions et n’a pas les outils pour démonter ma roue. Il m’indique une autre échoppe en face : eux pourront démonter, et lui réparera ensuite.
Je traverse donc — littéralement — la rue.
La roue est démontée en 5 minutes. Puis le réparateur de pneus entre en action. Je lui donne une chambre à air neuve et lui demande de réparer l’ancienne. Ce qu’il fait. La fuite provient d’une ancienne réparation qui a lâché. Sans doute la combinaison de la chaleur et de la très faible pression que j’avais mise pour rouler dans le sable.
Le travail est vite et bien fait (Même si sa manière de poncer le pneu est assez peu conventionnelle : il abrase la surface à la disqueuse). C’est un peu moins vrai pour l’équipe de l’autre côté de la rue, qui manque de me foirer le pas de vis de mon axe de roue. Je suis obligé d’intervenir.
(Petit aparté : il est 21 h 23 et un violent orage tropical vient de commencer. Dans ces cas-là, je suis bien content de ne pas être sous la tente…)
Un peu plus tard, vers midi, je cherche un endroit où manger. Contrairement à la Côte d’Ivoire, où les maquis sont légion, les endroits où manger sont beaucoup plus rares et, à ce qu’il me semble, bien moins fréquentés.
La cuisine y est également assez différente. Pas de poulet braisé à l’attiéké ici, mais plutôt des viandes en sauce — toujours la même, semble-t-il, quelle que soit la viande (ou le poisson) — accompagnées de banku, un mélange de maïs fermenté et de manioc, présenté sous forme d’une pâte blanchâtre, lisse et consistante, cuite à l’eau bouillante.
Ce n’est pas mauvais, mais je n’en ferai pas un repas de fête.
Le midi, j’ai choisi du poulet (il y a aussi chèvre, agouti, mouton, poisson…). J’ai eu droit à un pilon d’un vrai poulet « bicyclette » de la grande époque (il y a 25 ans) : il a tellement couru qu’il n’y a presque pas de chair à manger.
Ensuite, il m’a fallu réfléchir à la suite.
Option 1 : tenter de nouveau de rejoindre l’embarcadère d’Agordeke. D’où je suis, cela ne semble pas des plus évidents. Il existerait peut-être une piste un peu plus au nord de celle que j’ai tenté d’emprunter. Cela dit, la voie naturelle et la plus fréquentée semble être une piste bien plus au sud, qui implique de prendre un premier ferry à Adowso. Cette option ne m’apparaît pas opportune.
Option 2 : rejoindre un autre embarcadère plus au nord, dans la ville de Yeji. À partir de là, deux possibilités : une traversée simple vers Old Makongo, sur l’autre rive, ou bien embarquer sur le Yapei Queen, qui descend l’intégralité du lac Volta jusqu’à Akosombo, au sud. La traversée dure deux jours.
Je saute de joie en découvrant cette option, qui devient immédiatement mon choix favori. Las, j’apprends que le bateau est actuellement en maintenance et qu’il n’opère donc plus pour le moment.
Option 3 : rejoindre un troisième embarcadère, à Krachi, situé entre les deux autres. Il permet de rejoindre Kete-Krachi. C’est l’option la plus proche de ce que j’avais prévu initialement, et la piste pour y aller est une piste classique de latérite, donc théoriquement assez simple — sous réserve que l’orage en cours ne la dégrade pas trop. Mais nous sommes en début de saison des pluies et, par expérience, les sols absorbent encore assez rapidement l’eau.
Cette option me permettrait de rejoindre assez rapidement le Togo, puis le Bénin, afin d’aller revoir la famille chez qui j’avais logé dans la Tata Somba, au nord du pays.
De là, je pourrais redescendre à Cotonou pour récupérer mes pneus et quelques pièces détachées que j’y ai laissés il y a un an et demi.
Mais… parce qu’il y a un mais : cette option ne me fait pas passer par Lomé, où un ami — merci Fredo, tu étais déjà là il y a 25 ans et tu es toujours là pour m’envoyer des pièces au Togo 😉 — m’a fait parvenir une pièce pour la moto que je dois récupérer.
Ce qui m’amène à…
Option 4, celle qui me désole un peu, mais qui est la plus pragmatique au vu des circonstances : redescendre vers le sud pour contourner le lac et passer au Togo par le sud afin de récupérer cette pièce. De là, rejoindre Cotonou et organiser ma traversée du Nigeria.
C’est l’option la plus raisonnable au regard du timing que je me suis fixé.
Je déciderai demain entre l’option 3 — celle de l’émotion — et l’option 4 — celle de la raison.
14 avril – Vers Lomé – galère again.
Chiffres du jour :
• Distance : 234 km de bon goudron dans l’ensemble (juste quelques portions trouées, mais rien de méchant)
• Crevaison : 1
• Détection d’un problème potentiellement plus sérieux : 1
Ce matin, debout à 7h. Un énorme orage a éclaté cette nuit — c’est le début de la saison des pluies.
Je commence par vérifier la moto. La pression des pneus est bonne, mais comme j’ai décidé d’aller au plus court vers Lomé et donc de rouler sur du goudron, j’ajuste à 2,3 bars à l’avant comme à l’arrière.
Par contre, surprise : il semble qu’on m’ait siphonné une partie du réservoir secondaire. Hier soir, j’ai fait le plein des deux réservoirs. Le réservoir primaire — situé sous la selle — est verrouillé, mais ce n’est pas le cas du secondaire, pourtant le plus important en termes de contenance. Je roule jusqu’à la pompe pour refaire le plein et vérifier le manque : 3 litres. C’est-à-dire l’équivalent du réservoir d’une moto locale. Il y en a un qui s’est fait le plein gratis. Cela ne m’était encore jamais arrivé. Ou alors je n’y avais pas prêté attention.
J’avais prévu de prendre mon petit déjeuner là où j’avais mangé la veille, mais la tenancière a, semble-t-il, eu une panne de réveil. Tant pis, je trouverai bien quelque chose sur la route.
Je pars donc. La route est dégagée et, dans l’ensemble, plutôt bonne. Et pour une fois, orage oblige, il ne fait pas trop chaud. Tout s’annonce bien. Avec un peu de chance, j’arriverai ce soir non loin de la frontière du Togo. Ainsi, je serai à Lomé demain.
Pour le lac, tant pis, je reviendrai. La croisière de deux jours me tente vraiment, tout comme l’exploration des alentours… mais avec une 400 maximum et un minimum de charge. Qui sait, peut-être ferai-je le trajet avec ma 400 XR. Ce serait la moto idéale pour ces petits chemins, et elle transformerait ce qui a été une galère en une partie de plaisir.
Bref, pour l’heure, je roule, et la facilité de la route repose mon corps — il faut bien l’avouer.
Arrivé à Ejura, je repère une pizzeria. Ma foi, pourquoi pas… Je m’arrête et m’installe. La serveuse prend ma commande : un Coca et une pizza viande. Le Coca arrive rapidement… mais la pizza se fait attendre. Au bout d’une très grosse demi-heure, elle revient m’avouer qu’il y a une coupure d’électricité : impossible de cuire cette fichue pizza.
Je paie mon Coca et reprends la route. Quelques kilomètres plus loin, j’achète quatre œufs durs à une vendeuse en bord de route, qui me fait du charme. Il paraît que je suis très beau (je jure, elle a vraiment dit ça !).
Je ris, elle rit, je lui dis au revoir et je repars pour m’arrêter un peu plus loin, dans la cour d’une école, afin de manger mes quatre œufs. Enfin, une cour… plutôt une sorte de parc arboré entourant l’école.
Puis je reprends ma route vers le sud. Petit à petit, l’environnement change. Les villes surtout : plus dynamiques, plus chaotiques, plus vivantes, plus sales. Au sud, c’est la nouvelle Afrique, celle qui s’occidentalise progressivement. Les stations-service sont plus grandes et comportent des boutiques, à l’instar de celles que l’on trouve en Europe ou même en Côte d’Ivoire. Avec une différence notable cependant : je ne remarque aucun espace détente où les clients peuvent s’installer pour consommer ce qu’ils viennent d’acheter.
Bref, tout va bien… mais soudain, alors que je termine une courte descente de latérite — le seul passage de toute la journée — la direction devient dure. Je m’arrête et constate, incrédule : mon pneu avant est crevé ! Encore ! Alors que j’y ai mis une chambre à air neuve.
Ce n’est pas possible… si ça continue, je vais postuler pour jouer dans un remake de La Chèvre !
Je roule une vingtaine de mètres pour me mettre à l’ombre. La route, à cet endroit, est large et peu fréquentée.
Étape 1 : me déséquiper.
Étape 2 : retirer mon sac polochon de la selle.
Étape 3 : mettre la moto sur sa béquille centrale.
C’est la première difficulté : je suis incapable de le faire seul. J’ai fait poser cette béquille pour ce genre de situation, mais elle est conçue pour la moto dans sa configuration d’origine — soit 5 cm plus haut (je l’ai fait rabaisser afin d’avoir les pieds au sol en voyage). Cela a un avantage : une fois sur la béquille, la moto est vraiment bien haute. Mais aussi un inconvénient : il m’est très difficile de la mettre dessus seul.
Qu’à cela ne tienne, je fais signe à un taxi qui passe à ce moment-là et lui demande de m’aider. C’est réglé en deux minutes. Puis je commence le démontage de la roue avant. Là encore, aucune difficulté : le plus long est de sortir les outils.
Alors que je m’apprête à sortir les démonte-pneus, quatre jeunes passent en triporteur. Le plus âgé doit avoir 18 ans, le plus jeune 12.
Le plus vieux me propose de prendre ma roue et de la faire réparer dans le village tout proche. Je lui demande le coût. Il me répond 20 cedis (1,5 euro — hier j’ai payé 50 pour la même chose). Je lui donne ma roue et ma dernière chambre à air (j’en avais deux en réserve). Il repart avec le deuxième plus âgé. Les deux plus jeunes restent.
On discute. Je leur offre des galettes St Michel (celles que j’avais achetées à Abidjan) et de l’eau. Deux autres jeunes du même âge sortent des fourrés.
C’est pendant cette attente, et en examinant ma fourche, que je comprends pourquoi ils avaient eu tant de mal à remettre la roue hier. L’un des tubes coulisse complètement, contrairement à l’autre. Lorsque je le remonte, il émet une sorte de claquement que je n’aime pas du tout.
Je téléphone à Riad pour lui demander conseil. Il me confirme que ce n’est pas normal et qu’il faut démonter. Je lui demande si je peux rouler : « oui, mais tu ne pistes pas » (traduction : pas de off-road).
Sur ces entrefaites, les deux jeunes reviennent et m’aident à remonter la roue. On galère un peu, il faut forcer, puisque, du fait de ce problème, les deux axes de tube sont décalés verticalement.
En reprenant la route, je me dis qu’au final, cette seconde crevaison a été une vraie chance : sans elle, je ne me serais pas retrouvé obligé de démonter cette roue moi-même, et je n’aurais pas détecté ce problème potentiellement sérieux s’il n’est pas résolu.
Voilà… Sur iOverlander, j’ai trouvé un mécano à Accra, spécialisé en amortisseurs et systèmes hydrauliques. Récemment, il a remis en état l’amortisseur arrière d’une T7. Il devrait donc pouvoir m’aider. Je suis à 140 km de lui.
Demain, direction Accra pour résoudre ce nouveau problème.
15 avril : Vers Accra.
Chiffres du jour :
• Distance : 143 km, principalement de goudron vers Accra
• Chute : 1
Trajet sans grand souci, juste chiant.
J’avoue que je ne comprends pas les voyageurs qui traversent l’Afrique en restant sur les routes côtières. Cela n’a pas trop d’intérêt.
Chiant et dangereux. Dans le meilleur des cas, on doit faire face à une circulation anarchique. Dans le pire, à une circulation anarchique doublée d’une route défoncée.
J’ai eu les deux.
Sur la fin, disons les 25 derniers kilomètres, cela a été une alternance d’autoroute et de piste large, rocailleuse et poussiéreuse, le long de l’autoroute en construction. La plupart du temps au pas, à cause des embouteillages. C’est une configuration assez pénible avec une moto chargée.
En effet, vous ne savez jamais quand la voiture devant vous va s’arrêter. Si, par malheur, cela arrive alors que la moto est sur une bosse cernée de deux trous de chaque côté, c’est le risque de chute : vos pieds ne touchent pas le sol. La moto commence donc à basculer et, avec le poids des bagages, il n’est pas exclu que vous ne puissiez pas la retenir.
Cela a failli m’arriver mille fois durant ces années de voyage. Mais j’avais toujours réussi à éviter la chute. Toujours. Jusqu’à hier.
Le sol était, à cet endroit, boueux et glissant : un camion d’épandage d’eau venait de passer afin de limiter la poussière. La voiture devant moi a stoppé. Moi aussi. Le sol était bas, trop bas. Et glissant. Mon pied a ripé, et ce fut la chute.
Sans gravité, à l’arrêt, mais la chute tout de même.
Un motard derrière m’aide à la relever. Un conducteur de 38 tonnes me montre mon pneu avant et me dit : « bad tyre ». Je sais, mon ami, mon pneu est usé et je vais bientôt le changer. Mais pour l’heure, ce sont mes jambes qui étaient trop courtes.
Hormis cet incident un peu vexant, le trajet s’est fait sans autre problème.
En fin d’après-midi, j’arrive dans un endroit trouvé sur iOverlander.
C’est assez rare que je fasse appel à iOverlander pour trouver un logement. Cette application, au demeurant très utile – c’est par elle que j’ai trouvé le mécano que je viens voir, c’est également par elle que j’avais trouvé celui qui avait refait mon moteur au Népal – a pour moi un gros défaut : elle concentre tous les voyageurs au même endroit.
Un peu comme les animaux au point d’eau le soir.
C’est parfois bien pratique, mais cela limite le voyage, selon moi. Donc je l’utilise principalement lorsque j’ai envie de rencontrer d’autres voyageurs. Parce qu’il faut bien l’avouer, parfois, c’est cool.
Tout est question de dosage.
Et ce soir, justement, j’avais envie d’un endroit « chill » et peuplé de compères.
Et j’ai trouvé exactement ce que je cherchais.
16 avril – Accra – Réparation de la fourche
Il s’appelle Rachid. « Il » : le mécano trouvé sur iOverlander qui semble être spécialiste de tout ce qui amortisseurs, fourches et de manière générale, système hydraulique.
Il m’a dit qu’il serait à sa boutique vers 10h. Je décide de prendre mon temps, et je commence la matinée par une baignade dans la piscine. Mon corps apprécie.
J’arrive vers 10h30. Il n’est pas encore là. Son assistant attend assis sur une pierre. La zone .. . fait zone justement. Et la boutique tient plus de la cage à poule grillagée que d’une boutique. 3 chats roux attendent.
Rachid ne tarde pas à arriver sur son scooter. Il a l’air sympa, même si j’hésite à atttribuer son comportement à un caractère zen natturellement ou les effets d’une substance parfumée.
En attendant, il m’invite à m’assoir et m’avertit qu’il va commencer par manger un peu.
Son assistant va chercher deux bouteilles d’eau fraiche. Une pour le boss, la seconde pour moi.
Rachid mange son bankou agrémenté de sauce et de viande. Nous discutons.
Une fois le repas terminé, il va voir la moto. Il est calme. Posé. Il revient vers son établi et choisi ses outils. Toujours aussi calme, il démonte, corrige le problème (une tige qui s’est dévissée à l’intérieur) et remonte. Moins d’une heure après la moto est opérationnelle. Il me demande 500 cedis, soit 38 euros. Je lui en donne 50.
Avant de repartir, il constate que mon amortisseur arrière est vraiment souple. Trop souple. Il me propose de corriger le problème pour 70 euros. J’hésite. Je lui dis que je vais réfléchir et que je reviendrai demain peut-être.
La voyage m’a appris une chose : faire confiance en sa bonne étoile, au destin. Ce pneu crevé m’a fait détecter le problème de la fourche alors que j’avais – presque contre toute attente, décidé d’aller au Togo le plus vite possible en shuntant le lac. Cette panne m’a amenée jusqu’à Rachid. Il a réparé ma fourche sans hésitation.
Ce problème d’amortisseur trop souple me poursuit depuis le début du voyage malgré deux changements de ressort. Je maudis d’ailleurs hyperpro pour leur manque de sérieux – tout au moins dans mon cas – et malhonnêteté commerciale.
Bref, demain matin, je retourne voir Rachid. Il faut savoir saisir le vent. Parole de pilote de montgolfière.
J’en profiterai pour aller dans une autre boutique que j’ai repérée afin d’acheter une nouvelle chambre à air avant.
17 avril – Accra – Réparation de l’amortisseur arrière – La fin des galères ?
J’ai donc décidé de retourner voir Rachid. Bien m’en a pris, au démontage, on s’aperçoit que l’amortisseur avait commencé à fuir. Ceci expliquant cela. Donc voilà, Rachid à tout remit en ordre et j’ai l’impression d’avoir une nouvelle moto qui se joue des trous et des bosses.
L’amortisseur, un modèle renforcé, a tout juste 25 000 km.
L’Afrique cela use tout.
Y compris le bonhomme …
Il y a 1 semaine j’avais du mal à boutonner mon pantalon. Aujourd’hui, il commence à tomber ….










































































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