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Petite mise au point sur le voyage, les réseaux sociaux… et les faux-semblants.
Je réagis suite à quelques commentaires de copains qui me chambrent gentiment. C’est de bonne guerre. Mais derrière l’humour, il y a parfois un fond de vérité : c’est aussi comme ça que certains perçoivent mon voyage.
Alors autant expliquer deux ou trois choses.
D’abord, je ne suis pas quelqu’un qui aime se mettre en avant. Bien au contraire. Ceux qui me connaissent bien savent que j’ai toujours pratiqué l’autodérision. C’est un trait de caractère qui m’a souvent suivi… avec un inconvénient : à force de ne pas se prendre au sérieux, certains finissent par vous sous-estimer.
Pourtant, je voyage depuis toujours. Littéralement depuis le berceau (malgré une énorme parenthèse du fait des chevaux). Les musées, les sites historiques, les longs trajets sur des routes bien souvent défoncées, je les ai connus enfant jusqu’à la nausée. Bref, aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver. Et la performance ne m’intéresse pas.
Je me considère d’ailleurs avant tout comme un voyageur, bien avant d’être un motard. Demain, je pourrais voyager à cheval, en 4×4, en bateau… peu importe. La moto n’est qu’un moyen de transport. Ce qui me passionne, c’est le voyage.
Et puis il faut être lucide : je vieillis. J’ai moins de résistance qu’à trente ans. Je n’ai plus envie de m’infliger mille kilomètres de pistes boueuses juste pour pouvoir dire que je l’ai fait. Il y a vingt ans, ça m’amusait. Aujourd’hui, beaucoup moins.
Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est ma façon de voyager.
J’aime prendre mon temps.
Parce que voyager lentement permet de rencontrer des gens, de créer des liens, parfois de vraies amitiés. Traverser un pays en quelques jours n’offre pas les mêmes opportunités.
L’un des plus beaux souvenirs de ma vie de voyageur reste le Pakistan, où j’ai eu la chance d’être reçu plusieurs jours par le prince Malik. Ce genre de rencontre n’arrive pas par hasard. Elle est aussi la conséquence d’une certaine manière de voyager : prendre le temps de discuter, d’écouter, de rester un peu plus longtemps que prévu.
C’est aussi pour cette raison que je ne suis toujours pas arrivé au Cap.
Depuis mon départ en octobre 2023, j’ai parcouru plus de 30 000 kilomètres.
Je me suis même arrêté deux longues périodes. La première après un coup de blues et l’envie de revoir des proches que je n’avais plus vus depuis des années, notamment à cause du Covid et de la fin de vie de mon père. La seconde après un important tassement de vertèbre, puis le décès de quelqu’un que j’aimais beaucoup. J’avais envie d’être présent pour aider mon cousin dans les premiers temps de son deuil.
Là encore, c’était un choix.
Venons-en maintenant aux réseaux sociaux.
Depuis le début de ce voyage, j’ai volontairement montré une Afrique que beaucoup de gens n’attendent pas. Celle des bonnes routes, des hôtels confortables, des restaurants, des stations-service modernes…
Parce que c’est précisément ce qui m’a surpris.
L’Afrique, je la connaissais déjà. En revanche, découvrir des Decathlon, des Auchan, des Carrefour, des autoroutes… ça, c’était nouveau pour moi. J’avais envie de montrer à quel point le continent avait évolué.
Le problème, c’est que certains n’ont retenu que ça.
Comme si je passais mon temps au restaurant.
La réalité est évidemment un peu différente.
Quand je montre un bon repas, je ne montre pas les centaines de kilomètres qui l’ont précédé. Quand je publie une photo dans un bel hôtel, je ne montre pas les nuits beaucoup plus ordinaires qui vont avec (voir des tempêtes tropicales sous tente qui menace de se déchirer)
Et c’est exactement comme ça que fonctionnent les réseaux sociaux.
Ils ne montrent jamais toute la réalité.
Ils montrent ce que chacun choisit de publier.
Je ne vise personne. Il y a énormément de voyageurs que je respecte et que j’apprécie. Mais il faut garder un peu de recul.
Une photo d’une moto sur une piste ne raconte pas forcément le voyage. Pas plus qu’une photo devant une piscine.
La réalité est toujours beaucoup plus complexe.
Prenons un autre exemple.
Aujourd’hui, la majorité des voyageurs qui traversent l’Afrique restent principalement le long de la côte. C’est logique : les routes sont meilleures, les infos plus accessibles, etc.
Pour ma part, j’ai eu également l’envie de m’en éloigner et passer davantage par l’intérieur des terres. C’est d’ailleurs comme ça que je me suis retrouvé suspecté d’être un mercenaire dans le nord du Togo.
Autre chose que les réseaux sociaux montrent rarement : l’entraide entre voyageurs.
Au fil du temps, j’ai aidé pas mal de monde, parfois simplement en expliquant des démarches administratives ou en partageant des informations. Ce n’est pas quelque chose que je publie, mais ça fait aussi partie du voyage.
Il n’y a pas une bonne façon de voyager.
Il y en a autant que de voyageurs.
Certains aiment accumuler les kilomètres. D’autres recherchent les pistes. D’autres encore préfèrent les rencontres, la gastronomie ou les sites historiques.
Tout est respectable. Après, chacun met derrière le mot « voyage » une réalité différente. Pour moi, un road trip et un voyage ne recouvrent pas exactement la même chose. Mais c’est surtout une question de sémantique.
Aujourd’hui, j’ai un luxe immense : le temps.
Je pense encore vadrouiller plusieurs années en Afrique. Peut-être trois, peut-être quatre… peut-être moins. Je n’en sais rien. Je me laisse la liberté de changer d’avis.
Ces dernières semaines encore, j’ai rencontré des personnes, métis franco-camerounais vraiment hors du commun et que j’apprécie particulièrement. Ils pourraient d’ailleurs, peut-être m’ouvrir des portes pour des projets d’exploration auxquels je n’aurais jamais eu accès autrement.
C’est exactement pour vivre ce genre de moments que je voyage.
Le reste — la moto, les kilomètres, les hôtels, les pistes ou les restaurants — n’est finalement que le décor.
Et pour ce qui est de la dureté de certains moments… je vous ramène à l’état de mon pantalon moto. 😉
(je n’ai photographié que le bas, mais le reste est à l’avenant)






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