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Deux œufs sur le plat, voire trois. Accompagnés d’une petite salade de tomate à l’huile d’olive.
C’est un plaisir qui ne coûte presque rien mais qui, sur la route, devient un plaisir majuscule.
Pourtant, chez nous, on n’y pense même pas. Au restaurant ou dans un hôtel, il suffit de commander deux œufs au plat et l’affaire est réglée. Mais en Afrique, c’est une autre histoire. Ici, l’œuf doit être cuit et même très cuit. Le blanc, le jaune, tout doit être compact. Il ne faut surtout pas que cela coule.
Louer un petit appartement avec cuisine est l’occasion pour le voyageur de retrouver ce petit plaisir. Un plaisir minuscule dirait Philippe Delerm.
Mais sur la route, tout est en majuscule.
Les peurs, les joies, les tristesses, la solitude, la liberté, l’émerveillement, l’enthousiasme. Oui, tout est en majuscule.
C’est également le cas pour les œufs sur le plat.
Pour commencer, il faut trouver les œufs. Et les tomates. Pour cela, il suffit de se rendre au petit marché juste à côté, avec ses cahutes de bois et bancs de guingois.
Au bout de quelques jours, la commerçante vous reconnaît. Elle vous appelle même par votre prénom et vous demande comment ça va.
Vous lui demandez de quoi vous préparer ce repas de roi : 4 tomates et 6 œufs. Oui, six ! De quoi préparer deux repas.
Les tomates, elle les choisit soigneusement. Elle tient à vous faire plaisir.
Et on repart, avec dans le petit sac en toile de quoi préparer le banquet.
Une fois arrivé, il ne reste plus qu’à officier.
Faire chauffer la poêle d’abord. C’est important ! Puis un filet d’huile.
Les œufs méritent quelques précautions. Il faut les plonger dans un verre d’eau. Ceux qui coulent sont frais. Ceux qui flottent sont jetés. Mais c’est rarissime.
Les tomates, elles, passent sous l’eau. On les lave soigneusement puis on les coupe en quartiers avant de les disposer dans une assiette. Un peu d’huile d’olive, quelques gouttes de vinaigre, du sel, du poivre. C’est tout. Il n’en faut pas davantage.
La poêle est chaude déjà. On casse les œufs. Le blanc commence à prendre, les bords grésillent. Le jaune, lui, doit rester intact, brillant, tremblotant sous sa fine pellicule.
J’ai oublié de parler du pain. Parce qu’un œuf sur le plat sans pain frais est inconcevable.
Le pain, sur la route, ce n’est pas toujours facile à trouver. Pourtant, il y a des endroits où il est étonnamment bon. En Guinée, par exemple. Un pain simple, croustillant, qui n’a besoin de rien d’autre que d’un jaune d’œuf encore coulant.
Les œufs sont cuits, déjà.
Il ne reste plus qu’à les faire glisser dans l’assiette. À côté des tomates.
Et puis avec un petit morceau de pain, rompre la fine membrane qui retient le jaune. En biologie, on appelle cela la membrane vitelline, mais à ce moment-là, on ne pense pas vraiment à la biologie.
On se contente de tremper son pain dans le jaune.
Puis dans le jus des tomates, où se sont mélangés l’huile d’olive, le vinaigre, le sel et le poivre.
Et là, soudain, on n’est plus en voyage.
On est juste assis dans une petite cuisine, avec une assiette d’œufs sur le plat et des tomates.
Et c’est peut-être ça, le plus grand des plaisirs majuscules : retrouver, à l’autre bout du monde, le goût très simple de quelque chose que l’on croyait ordinaire.
Ecrit à Yaoundé – 16 aout 2026






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